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Magnifica Humanitas : redécouvrir notre humanité à l'ère des machines

  • 14 juin
  • 4 min de lecture

La publication de la première encyclique d’un pape est toujours un événement marquant, et lorsqu’un pape nommé Léon publie une encyclique à l’occasion du 135e anniversaire de *Rerum Novarum*, c’est clairement un signal pour tous ceux qui s’intéressent à la doctrine sociale de l’Église (DSE) de prêter attention et d’y réfléchir attentivement.


Les premières réactions, tant de la part des catholiques que d’un large public en dehors de la foi, ont été globalement élogieuses, sincères et sérieuses, avec des comparaisons avec des documents antérieurs de la lignée de la DSS, des discussions sur les options pour maîtriser et gérer une « technocratie » tentaculaire, et même des mèmes tirés de la série Dune de Frank Herbert.


Bien que le document soit trop récent, trop riche et trop diversifié pour être facilement réduit ou même résumé, il est utile de revenir sur certains des thèmes et des dimensions soulevés par ce nouvel ouvrage provocateur.


Les vérités chrétiennes, souveraines sur les forces du monde.

Les écrits papaux sur la doctrine sociale de l’Église se caractérisent par le fait qu’ils sont conscients des développements massifs et à fort impact dans les affaires temporelles, et y sont sensibles, sans pour autant s’y laisser guider ou influencer. En conséquence, Magnifica Humanitas prend la mesure des tendances persistantes qui affectent les individus, les familles, les communautés et les sociétés. Mais, dans la voix du Magistère, il nous rappelle que Dieu et sa vérité sont les considérations prééminentes. Et cela nous appelle à apprivoiser ces tendances. Nous devons les élever au-dessus du simple flux des événements humains et les détourner des utilisations dépravées et perverties vers lesquelles les innovations peuvent toujours être orientées.


À l’instar du pape François, le pape Léon identifie une menace encore naissante sur ce front : le « paradigme technocratique » — un projet zélé visant à objectiver toute la réalité à des fins de manipulation, et souvent d’exploitation et de domination.

Les idéologies du socialisme, du communisme et du capitalisme débridé font depuis longtemps partie des pathologies abordées par la théologie sociale de l’Église, en particulier en raison de leurs perspectives matérialistes, antagonistes et centrées sur le pouvoir. Le paradigme technocratique s’est imposé comme une menace commune après les polarisations de la Guerre froide. Et il a été considérablement ACCÉLÉRÉ et rendu bien plus envahissant par la numérisation sous toutes ses formes.

Les vérités proclamées par l’Église n’ont pas changé, ne changent pas. Mais la praxis consistant à transformer les menaces technocratiques en la promesse d’une technologie au service du Bien est toujours en mouvement.


Bien comprendre l’anthropologie.

Si la technologie agressive est l’expression visible abordée de manière pointue dans Magnifica Humanitas, il existe un thème bien plus profond et ancien qui est une fois de plus apparu au grand jour pour l’Église, ainsi que pour les philosophes et observateurs du monde : l’anthropologie, ou la question : « Qu’est-ce que l’Homme ? »

Le titre à lui seul est révélateur du cadre plus large de l’encyclique. « Humanitas » est bien sûr le terme avancé dans la tradition largement reçue au début de la Renaissance, pour désigner la qualité générale et noble que nous aspirons à incarner, en tant qu’êtres humains, dans le paradigme humaniste chrétien.

Si l'émergence d'un intérêt pour l'Humanitas reflétait en quelque sorte l'essor des instruments commerciaux et technologiques dans la chrétienté latine, il est toujours possible de mettre l'esprit d'innovation, l'esprit d'entreprise et les techniques perfectionnées au service de Dieu, de l'Homme et du Bien.

Les modèles computationnels extrêmement puissants et l'application itérative d'algorithmes se sont révélés être de puissantes armes à double tranchant. En particulier, une prise de conscience et une inquiétude grandissantes sont suscitées par les effets généralisés et déstabilisants perceptibles dans la prolifération rapide de l'informatique neuronale, de l'intelligence simulée, de la modélisation linguistique à grande échelle et d'autres techniques et concepts communément regroupés sous l'étiquette « IA ».


Le Créé et l’Artificiel

Cette vague de nouveautés nous invite non seulement à formuler de nouvelles réponses, mais aussi à nous souvenir de vérités anciennes et éternelles. Même si le fonctionnement d’un réseau neuronal peut ressembler à la pensée ou au jugement humains, la différence demeure entre un être vivant, une personne, CRÉÉE par Dieu, et les instruments conçus par l’Homme et ses arts.

L’homme est créé dans le but de refléter pleinement le Divin, à l’image du Christ.

Lorsque l’homme construit, il peut le faire selon deux modèles esquissés par Léon : il peut construire de son propre chef, selon ses propres fins et préférences, aussi égoïstes ou discordantes soient-elles, et au mépris de l’obéissance à Dieu. Le résultat est Babel.

Ou bien, il peut construire dans un esprit de piété et de déférence envers Dieu, et en recherchant l’unité et l’harmonie avec ceux qui l’entourent – pour restaurer ce qui a été perdu et endommagé. Lorsqu’il construit dans cet esprit, le résultat peut refléter la reconstruction de Jérusalem après l’exil.


Pouvoir, fraternité et charité

La question du pouvoir occupe une place centrale dans cette encyclique, mais elle s’articule autour de multiples axes. Il s’agit par exemple de savoir si nous consacrons nos énergies à édifier la fraternité, la charité et l’entraide, ou à maximiser notre contrôle et notre influence. À cela s’ajoute la question de savoir si nous voyons la Création et les créatures de Dieu, ou seulement des objets manipulables.

Mais il y a aussi la question de la justice distributive en matière de pouvoir et de biens objectifs. Si une certaine forme de pouvoir est essentielle pour faire régner la justice et si les biens fondamentaux de la vie sont destinés par Dieu à tous, alors il importe grandement de savoir si le pouvoir technologique, et les biens objectifs qu’il peut multiplier, améliorent la vie de tous ou seulement de quelques-uns.

C’est en conclusion sur ce point que Magnifica Humanitas doit être considérée comme profondément OPTIMISTE. Les forces mobilisées au sein du paradigme technocratique sont immenses, et les formes de gouvernance prudentes pour le réguler sont à peine naissantes, et en fait encore floues. Cependant, l’Église peut et doit aider à discerner la voie vers des solutions justes et miséricordieuses, et le monde entier peut écouter la voix de l’Église avec grand profit. Dans cet espoir, la première encyclique du pape Léon doit être considérée comme un premier pas significatif et encourageant.


Miles Smit

CAPP Canada member

 
 
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